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Alexis Zerroug, chercheur en RV à l'Université de Tokyo

Page history last edited by Susan Loubet 10 years, 10 months ago

Un énorme merci à Alexis Zerroug, qui m'a permis de reproduire ici certains passages de son rapport de mission à l'étranger. Je pense que, tout comme moi, vous allez trouver ces pages très riches.

Alexis retourne cette semaine au laboratoire Ishikawa-Komuro à l'Université de Tokyo pour continuer ses recherches en réalité virtuelle, l'interface Homme/Machine et son nouveau domaine d'intérêt; les Arts Multimédia.

Lien vers notre page sur l'Université de Tokyo: Université de Tokyo

 

Et maintenant, à vous, Alexis!

 

D'abord, le contexte de la mission:

 

"A la fin de ma cinquième année à ESIEA et du master IVI, je suis parti au Japon pour travailler dans le laboratoire Ishikawa Komuro de l’Université de Tokyo. Au départ, ce séjour devait durer six mois (de Juillet à décembre 2008) car il s’agissait d’un stage de recherche à l’étranger. Souhaitant continuer mes projets et participer à Laval Virtual, j’ai demandé l’extension de mon stage de fin d’études à neuf mois. Je suis finalement rester près d’une année car M. Ishikawa m’a donné l’occasion de travailler deux mois supplémentaires au sein de son laboratoire.

 

Travailler dans un laboratoire japonais fut pour moi une expérience professionnelle extraordinaire. L’univers de la recherche au Japon est très libre et j’ai eu l’occasion de réaliser des projets liés à un domaine qui m’intéresse particulièrement : les interfaces Hommes/Machines. De plus, mes travaux m’ont permis de voyager en dehors des frontières de l’archipel nippon. En effet, j’ai eu la chance de participer à plusieurs conférences internationales, ce qui est un atout énorme pour une mission à l’étranger de ce type."

 

Ce séjour fut réellement une formidable aventure, et je m’apprête à retourner une année au Japon, travailler dans le laboratoire Ishikawa Komuro."

 

Et maintenant des extraits de l'étude interculturelle:

 

 

"Comme son nom l’indique, la mondialisation est un phénomène planétaire et le Japon n’y échappe pas. L’influence des Etats-Unis est particulièrement visible dans la capitale et les grandes villes. Certains quartiers de Tokyo comptent un ou deux McDonalds et Starbucks dans chaque rue.

Avant de poursuivre cette étude, il est important de re-situer le Japon et sa culture dans son contexte historique. Cet archipel fut longtemps coupé du reste du monde. Le Japon ferma ses frontières en 1639 et fut forcé par les Etats-Unis de les rouvrir deux siècles après. Son patrimoine historique est encore bien concervé et beaucoup de traditions vieilles de plusieurs siècles sont encore ancrées dans la culture japonaise.

Malgré tout, le Japon a su évoluer et est maintenant l’un des pays les plus modernes du monde et la seconde grande puissance économique après les Etats-Unis. Cette évolution est en partie due au très haut niveau de l’industrie et de la recherche ; mais aussi grâce aux relations économiques privilégiées avec les Etats-Unis durant les 30 années suivant la Seconde Guerre Mondiale.

Le Japon a donc su conserver ses plus anciennes coutumes tout en évoluant technologiquement. Il n’est pas rare de croiser des femmes en kimono, au milieu des buildings ou dans le métro. Cette dualité se retrouve dans beaucoup de traits caractérisant la culture japonaise [MacFarlane 2009, Sabouret 2004].

 

 

 

 

 

 

La notion de groupe « à la japonaise » est pour moi une expérience des plus particulières, c’est pourquoi je vais aborder ce thème en premier.

La formation ESIEA nous apprend à travailler en groupe par le biais de différentes activités qui furent pour moi de véritables clés pour la suite de mon cursus. Je parle entre autre des projets REVES et Time Machine sans lesquels je n’aurais probablement pas vécu un an au Japon. Nous avons su mettre à profit les domaines de prédilection de chacun pour développer ces projets multidisciplinaires.

La formation à l’université de Tokyo est tout autre. Les étudiants travaillant au laboratoire n’ont pour ainsi dire jamais de projet de groupe. Certains étudiants ont tout de même ce type d’expérience en participant à des workshops en dehors du laboratoire. Les étudiants en master travaillent sur leur projet personnel sans réellement interférer avec les autres étudiants du laboratoire. L’un d’eux m’a d’ailleurs confié que les japonais préfèrent souvent travailler seul pour des raisons de communication.

Néanmoins, la notion de groupe a une très grande importance au Japon. Cela peut paraître contradictoire, mais c’est l’une des particularités de la culture japonaise, toujours paradoxale et ambiguë [MacFarlane 2009, Sabouret 2004]. Même si chaque personne d’un groupe travaille séparément, le groupe n’en est pas moins important et il est primordial de se réunir régulièrement pour des meetings hebdomadaires, journaliers et parfois même matin et soir. Il n’est pas rare de voir des participants dormir ou faire tout autre chose au cours de ces réunions, mais l’important est de s’y trouver « physiquement ».

Evitons toutefois de généraliser ces remarques à la totalité des japonais. Ces difficultés pour les travaux de groupe viennent en particulier de la culture propre à l’Université de Tokyo. Les étudiants, les chercheurs et les laboratoires y sont très individualistes. Mais ce n’est pas le cas pour toutes les universités. Au cours de mes participations à Laval Virtual ou à IVRC (International Virtual Reality Contest), j’ai pu découvrir de très beaux projets réalisés par des groupes d’étudiants japonais.

 

 

 

 

 

 

Il n’y a pas de pays où l’importance liée aux valeurs du travail est aussi forte qu’au Japon. Je ne parle pas des populations exploitées par une riche et puissante minorité, mais au contraire de travailleurs volontaires parmi les grandes puissances économiques.

Les japonais sont nés pour travailler, vivent pour travailler (parfois ils vivent au travail) et travaillent bien souvent jusqu'à leur mort ou au moins jusqu'à ce qu’ils en soient incapables. Le travail est véritablement la première valeur des japonais et passe bien avant la famille et les loisirs. C’est particulièrement le cas à Tokyo où l’on doit en plus gérer son temps avec les transports. Certaines personnes ont jusqu'à 5h de transport par jour et ne voient donc jamais leur famille pendant la semaine malgré le fait qu’ils rentrent le soir. De plus, il n’est pas rare de finir à 23h ou plus, ce qui oblige certains « salarymen » (cadres japonais) à passer la nuit au travail à cause de la fermeture des transports en commun. On comprend ainsi pourquoi tant de personnes dorment (parfois même debout) dans le train et le métro.

Remarque : l’autre principale activité dans les transports en commun est l’utilisation des téléphones portables leur permettant de gérer leurs emails (souvent pour le travail), de surfer sur internet, d’écouter de la musique, de regarder la télévision, etc…

En résumé, les japonais ne comptent pas leurs heures, ne « croient » pas en la retraite, et on pourrait croire qu’ils ne prennent jamais de vacances … et bien, c’est le cas. Les salariés japonais ont la possibilité de prendre plusieurs semaines de vacances par an, mais ils n’en prennent qu’une petite proportion. Prendre de longues vacances (2 à 3 semaines) est « mal vu » dans la culture japonaise. Au japon, les jours fériés sont considérés comme des vacances. La « Golden Week » et « Obon » sont donc perçus comme des vacances relativement longues. Il s’agit en fait de quelques jours fériés consécutifs,  au printemps et en été. Par contre, quand les japonais prennent une semaine de congés, ils souhaitent que leur séjour soit exceptionnel et partent volontiers à l’étranger.

Il est vrai que leur nombre d’heures travaillées est impressionnant, mais attention, cela ne veut pas forcément dire qu’ils soient plus productifs. Les japonais se sentent obligés de faire beaucoup d’heures et cela influe sur les performances. Tout être humain doit savoir s’arrêter et se reposer. Il n’est pas possible de tenir un rythme aussi élevé sur une longue période sans que la productivité en pâtisse. Je l’ai moi-même constaté plusieurs fois sur de gros projets : la fatigue augmente le nombre d’erreurs qu’il faut ensuite corriger. Par conséquent la charge de travail augmente généralement avec la fatigue provoquée par le nombre d’heures trop important par jour. Tout est question de juste milieu.

 

 

 

 

 

 

Les notions de statut (nationalité, âge, classe sociale) et d’autorité (hierarchie), bien que différentes, seront abordées ensembles dans cette partie.

Les relations internationales ont souvent été très dures au cours de l’histoire ; et encore aujourd’hui, le Japon reste très méfiant vis à vis des étrangers ; ce pays compte moins d’un pourcent.

Mais cet aspect de la culture est lui aussi très ambiguë. Les japonais sont certes nationalistes, mais ne sont pas chauvins. Ils n’hésiteront pas à venir en aide à un étranger ; il m’est arrivé plusieurs fois au cours de mes voyages de me faire accompagner par un inconnu jusqu’au lieu où je souhaitais me rendre. De plus la qualité des services est reconnue pour être exceptionnelle. La politesse du personnel des restaurants ou des commerces en devient même parfois ridicule pour une personne ignorant ces coutumes. L’expression « le client est roi » est particulièrement vraie au Japon.

Tout cela fait du Japon un pays très agréable et accueillant au premier abord. Mais si l’on souhaite aller plus loin, la route sera beaucoup plus compliquée. Par exemple, il sera extrêmement difficile voir impossible pour un chercheur étranger d’obtenir un poste de "professor" (directeur de laboratoire) à l’Université de Tokyo. Cela est peut-etre dû à la culture de l’Université de Tokyo qui est la plus prestigieuse du Japon, mais toutes les relations professionnelles au Japon sont très hiérarchisées, et définit le rang social des individus.

Depuis le moment où les enfants commencent à parler, la notion de hiérarchie est déjà présente. Il existe une dizaine de particules différentes en japonais pour citer le nom d’une personne en fonction de son rang social, de son âge, ou de son activité. Et cela influe énormément sur les relations sociales et professionnelles. Un étudiant devra par exemple utiliser la particule « –sensei » pour parler de son professeur ; le professeur quant à lui pourra utiliser « –kun » (masculin) qui désigne les petits enfants et plus généralement les personnes plus jeunes. Ainsi un étudiant plus âgé (appelé « -senpai ») pourra utiliser « –kun » ou « -kohai » pour un étudiant plus jeune de un ou deux ans. Le respect des jeunes pour leur ainés est donc toujours très fort.

 

 

 

 

 

 

Le Japon est aussi entré dans l’ère de la mondialisation. Il allie modernité et traditions millénaires.  La culture japonaise semble parfois proche de nos cultures occidentales, et pourtant totalement différente par certains aspects. Il serait dommage de se limiter à 3 thèmes; je souhaiterai donc aborder rapidement quelques points supplémentaires qui peuvent être utiles si l’on souhaite aller au Japon.

La société japonaise est très patriarcale sans pour autant paraître machiste du point de vue des femmes. Malgré tout, la place de la femme au Japon est généralement "à la maison". Encore aujourd’hui, beaucoup de japonaises souhaitent trouver un mari ayant une bonne situation financière afin de devenir femme au foyer. Toutefois de plus en plus de femme font carrière, mais une partie d’entre elles s’arrêteront après le mariage. La raison ne vient pas du nombre d’enfant puisque le Japon à l’un des taux de fécondité les plus faibles du monde (en particulier à Tokyo avec moins d’un enfant par femme). Mais l’éducation japonaise inculque ces coutumes aux jeunes filles, en proposant des cours de cuisine et de bienséance au collège, ou des formations de femme au foyer.

La notion d’affectivité est elle aussi très ambiguë au Japon. Les japonais sont très pudiques en ce qui concerne leurs sentiments et leur vie privée. Inutile donc de leur poser des questions trop personnelles. Cependant, on peut voir en permanence des personnalités s’extasier sur n’importe quel sujet (en particulier la nourriture) à la télévision japonaise. Il est peut-être plus facile d’amplifier, voir de surfaire, les sentiments superficiels pour mieux cacher les sentiments plus profonds et plus intimes.

Les règles sont omniprésentes et elles sont respectées. Que ce soit pour les règles de politesse, de respect ou les lois, les japonais sont très disciplinés. Comme pour tous séjours à l’étranger, n’hésitez pas à vous renseigner des us et coutumes, les japonais apprécieront."

 

 

 

Comments (2)

Sébastien Pausé said

at 12:32 pm on Jul 29, 2009

Superbe page!
Merci pour toutes ces informations.

Alexis said

at 8:06 am on Aug 3, 2009

Bonjour à tous et un grand merci à Susan pour cette page.
Je vois que vous n'avez pas attendu la fin des vacances pour lire mon rapport ;)

Je suis effectivement de retour au Japon pour une petite année supplémentaire au laboratoire Ishikawa Komuro (le même que pour mon stage de fin d'étude). Pour la petite histoire, j'ai obtenu mon VISA (professor) le jour de mon départ, 5 heures avant pour être précis. Je ne le recommande pas si vous stressez facilement.

Enfin bon, c'est repartit pour un tour. J'ai retrouvé mon ancienne maison et mes anciens colloques. J'habite dans une guest house pour étranger à 15 minutes à vélo de mon labo. Certains d'entre vous connaisses surement : http://www.sakura-house.com/ ; cette compagnie est spécialisée dans l'hébergement réservé aux étrangers à Tokyo (appartements, guest house, dortoire ...). C'est assez cher, mais tout est compris et pas de grosse caution à l'entrée, ce qui est un gros avantage au Japon.

Dernière chose pour ceux qui se demande comment je suis arrivé là : merci énormément à Laval Virtual et à IVRC, car c'est grâce à ces compétitions que j'ai pu visiter le Japon et rencontrer des professeurs avant ma 5ème année. Et je ne pense pas être le seul à être reconnaissant envers Laval Virtual, cette année aussi, plusieurs étudiants ont trouvé leur stage en discutant avec les professeurs japonais présent au salon.

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